La détresse sociale reliée à la pandémie de COVID-19

L’Organisation mondiale de la santé (OMS), dans un guide publié le 22 mars dernier, souligne l’importance pour chaque pays d’évaluer ses risques et de mettre en œuvre rapidement les mesures nécessaires à l’échelle appropriée pour réduire à la fois la transmission de la COVID-19, mais aussi les impacts économiques, publics et sociaux[1]. Au Québec, la pandémie est traitée comme une crise sanitaire et la santé publique déploie de nombreuses mesures importantes pour prévenir la propagation du virus et ainsi diminuer le nombre de personnes atteintes et le taux de mortalité. Parallèlement, les instances gouvernementales, les institutions financières et plusieurs organisations proposent des solutions visant à réduire le poids économique de cette crise et favoriser une reprise économique, le plus tôt possible.

Par ailleurs, nous savons que plusieurs populations en situation de vulnérabilité sont davantage menacées par la COVID-19. De plus, nous sommes à même de constater que les mesures essentielles mises en place pour freiner la propagation du virus ont des répercussions majeures au plan social. Qu’en est-il des impacts sociaux de cette pandémie? Quelles sont les actions à prioriser, les adaptations à faire, les interventions à mener pour répondre à la crise sociale qu’engendrera graduellement, mais inévitablement une telle pandémie?

[1] OMS. Critical preparedness, readiness and response actions for COVID-19  https://www.who.int/publications-detail/critical-preparedness-readiness-and-response-actions-for-covid-19

 

Certaines populations sont plus vulnérables face à la COVID-19

Au départ, il importe de rappeler que des inégalités en matière de santé existent, que ce soit parce que certains groupes de personnes sont plus vulnérables ou parce que l’accès au système de santé n’est pas le même pour tous. Comme l’expose l’Observatoire québécois des inégalités, les conditions associées à la pauvreté affectent directement la santé des personnes, ce qui pourrait rendre ceux-ci plus vulnérables à la contamination[1]. De plus, un moins bon accès aux services de santé peut s’expliquer par diverses raisons dont une plus grande difficulté à avoir accès à un médecin de famille, l’isolement social vécu, la non-disponibilité des services, les coûts financiers liés à la santé : soins non couverts, congés non payés, difficulté d’accès par transport en commun, manque d’information accessible et claire, manque d’adaptation des services aux besoins de certaines populations, etc.[2].

Les interventions médiatiques des organismes communautaires, des regroupements de citoyens, de militants et de chercheurs mettent en lumière certains groupes sociodémographiques plus fragilisés. Par exemple, les femmes dont 80% œuvrent dans le réseau de la santé et des services sociaux, les personnes âgées plus vulnérables face au virus, les personnes immigrantes et réfugiées ayant un faible réseau social, les personnes vivant avec des problèmes de santé mentale, les premières nations et Inuits vivant dans des milieux éloignées, les détenus, les étudiants étrangers et les jeunes ayant des besoins particuliers figurent parmi les populations à risque de voir leur situation précaire s’accentuer. Finalement, d’autres personnes s’ajoutent au rang des personnes vulnérables, comme celles qui vivent en situation de précarité en raison d’un emploi à faible revenu ou du filet social affaibli par les coupures dans les services sociaux et de santé du réseau public au cours des dernières années. Ces populations peuvent vivre une augmentation du stress vécu au quotidien et se retrouver avec des conditions socioéconomiques encore plus précaires.

[1] Observatoire québécois des inégalités (2020). Inégaux face au coronavirus. https://www.observatoiredesinegalites.com/fr/inegaux-coronavirus

[2] Centraide Qc et Chaudière-Appalaches. Coronavirus : les personnes pauvres plus à risque https://www.centraide-quebec.com/coronavirus-les-personnes-pauvres-plus-a-risque/

Mis à jour le 15 avril 2020

 

Certaines situations se précarisent davantage en temps de pandémie, certains problèmes s’accentuent

Les mesures de confinement ont un impact important pour toutes les personnes pour qui le domicile n’est pas gage de sécurité, bien au contraire. Pensons ici aux femmes et enfants en situation de violence conjugale, aux enfants en situation d’abus et de négligence, pensons aussi aux personnes âgées en situation de maltraitance. Pour plusieurs de ces personnes, l’école, le travail, les contacts avec des personnes de l’extérieur ou les sorties assurent une forme de protection sociale.

Au plan international, l’Unicef a rappelé le 20 mars dernier que des taux accrus de maltraitance et d’exploitation des enfants ont été enregistrés lors de précédentes urgences de santé publique, ainsi qu’une augmentation significative des cas de violence domestique contre les femmes et les filles[1]. Cette organisation internationale souligne que la stigmatisation liée à COVID-19 a rendu certains enfants plus vulnérables à la violence et à la détresse psychosociale. De plus, les mesures de contrôle qui ne tiennent pas compte des besoins et des vulnérabilités spécifiques des femmes et des filles peuvent également accroître leur risque d’exploitation sexuelle et d’abus.

Au Québec, l’Observatoire des tout-petits rappelle que les conséquences de la pandémie de la COVID-19 sont nombreuses au sein des familles qui sont déjà vulnérables, certains facteurs de risque étant exacerbés par les pertes d’emploi, le manque d’accès aux organismes communautaires de soutien, la difficulté de conciliation travail-famille avec le télétravail, la perte du soutien social de l’entourage et la fragilisation de la santé mentale[2].  Par ailleurs, une inquiétude prévaut : on assiste à une diminution des signalements à la protection de la jeunesse puisque ceux-ci sont faits majoritairement par des personnes qui gravitent autour des jeunes dans les divers milieux qu’ils fréquentent. Parallèlement, on assiste à une augmentation fulgurante des appels à l’aide de femmes victimes de violence conjugale pour qui le confinement rime souvent avec l’aggravation du danger.

La distanciation sociale accentue l’isolement social que connaissent déjà les populations plus vulnérables, notamment les personnes âgées vivant par exemple en CHSLD ou en résidence, milieux qui se transforment souvent en foyers de propagation. Ces personnes peuvent vivre de l’anxiété, elles sont plus à risque de contracter le virus et d’en être gravement affectées, voire de décéder des complications en présence. L’actualité reflète le vécu déchirant des familles dont les parents ou proches âgés ont contracté la COVID-19 et qui doivent vivre les derniers moments de leur vie de manière isolée. La distanciation sociale est une mesure qui est parfois difficilement applicable. C’est le cas dans les refuges et les services pour personnes itinérantes par exemple. La proximité qu’imposent ces lieux peut favoriser la propagation du virus au sein de cette population dont la santé est déjà fragilisée par des conditions de vie très difficiles.

La fermeture des commerces, des industries, des chantiers de construction et des bureaux dispensateurs de services et de produits non essentiels implique des pertes d’emplois massives et la perte importante de revenu. Pour un très grand nombre de personnes, la situation vécue aura des impacts non seulement sur leur santé mentale, mais également sur leurs relations avec autrui. Les pertes d’emplois ont une influence directe sur les relations conjugales, familiales et sociales par exemple. La crise peut aussi mener à une augmentation de la criminalité, du risque suicidaire, de la consommation et des dépendances.

Enfin, les impacts sociaux liés à la COVID-19 s’inscrivent dans un contexte où la crise du logement présente avant la pandémie est accentuée et où la discrimination systémique prend de l’ampleur, notamment l’âgisme et le racisme.

[1] UNICEF (20 mars 2020). COVID-19 : Les enfants courent un risque accru de maltraitance, de négligence, d’exploitation et de violence. https://www.unicef.fr/article/covid-19-les-enfants-courent-un-risque-accru-de-maltraitance-de-negligence-dexploitation-et

[2] Observatoire des tout-petits (23 mars 2020). Maltraitance chez les tout-petits : il est possible d’agir sur les facteurs de risque accentués par la crise actuelle. https://tout-petits.org/actualites/2020/consequences-de-la-pandemie-sur-les-facteurs-de-risque-lies-a-la-maltraitance-des-tout-petits/

Mis à jour le 15 avril 2020

 

Certains services sociaux sont compromis, d’autres sont adaptés

Le constat peut se faire jour après jour, les services sociaux sont touchés par les mesures mises en place en réponse à la pandémie. Les difficultés d’approvisionnement des banques alimentaires, le manque de bénévoles, la fermeture de certains organismes communautaires, l’appel à l’aide des centres d’hébergement en sont des exemples. Partout dans le monde, les instances gouvernementales sont appelées à mettre en place, au fil des jours, des mesures directement reliées aux services sociaux et visant à de réduire l’impact de la crise de la COVID-19 pour les personnes et les familles les plus vulnérables. Il est intéressant de suivre ce qui se met en place jour à près jour et ce qui est proposé comme mesures par des organisations qui se sont penchées sur la question[1].

Le rehaussement du financement des organismes communautaires et des services sociaux publics est considéré comme une des principales mesures à privilégier, elle est intimement liée à l’importance de considérer les services sociaux et son personnel comme étant essentiel et indispensables en tant de pandémie. Par la suite, l’adaptation de ces services sociaux ou de la façon de les prodiguer doit être faite. À cet égard, le ministère de la Santé et des Services sociaux a développé des outils pour baliser certains services comme les popotes roulantes, le programme-services jeunes en difficulté, les services à domicile des services intégrés en périnatalité et pour la petite enfance (SIPPE) ou pour soutenir les établissements du réseau de la santé et des services sociaux dans le processus d’intervention psychosociale en contexte de pandémie avec la trousse portant sur l’identification des personnes à risque de vulnérabilité psychosociale.

Il est aussi question de transformer l’organisation des services, par exemple en mettant en œuvre des mesures d’hospitalisation dans les résidences pour personnes âgées ou en déployant du personnel du secteur de la santé dans tous les types d’établissements de services sociaux, y compris ceux pour les personnes handicapées physiques ou intellectuelles, les refuges pour sans-abri, etc. il est aussi question de transformer les formes de soutien existantes tels les petits déjeuners dans les écoles. Finalement, certaines recommandations font appel à la force de l’agir collectif comme celles de l’Observatoire des tout-petits qui cible spécifiquement les familles et qui interpelle la population et les employeurs. À ce propos, plusieurs acteurs rappellent l’importance de l’action communautaire en santé et conséquemment, du soutien aux actions intersectorielles dans les communautés en temps de pandémie.

[1] Association of Social Services Directors in Spain (2020). Social services proposals to reduce the impact of the coronavirus. https://www.esn-eu.org/social-services-proposals-reduce-impact-coronavirus

Mis à jour le 15 avril 2020

 

Certaines solutions appliquées, d’autres pistes d’action explorées

D’autres mesures sont à privilégier pour atténuer les conséquences sociales de la COVID_19. La connaissance, par le personnel du réseau de la santé et des services sociaux, des populations fragilisées par la pandémie et des risques accentués de la présence de certaines réalités sociales est primordiale. Les professionnels et le personnel ayant des contacts avec les personnes et les familles doivent être outillés afin d’être en mesure de dépister les situations de détresse qui peuvent mener à la maltraitance, à des problèmes de dépendances, etc., et les soutenir. Ils pourront diriger les personnes aidées vers les ressources appropriées dans la mesure où ils connaissent les services toujours disponibles, les nouvelles mesures de soutien disponibles[1] et les modalités d’accès.

Les messages publics à porter incluent les campagnes de bénévolat pour répondre aux besoins des plus vulnérables ainsi que les campagnes d’information populationnelle visant à rassurer la population et à entretenir la solidarité. L’Observatoire québécois des inégalités propose la constitution d’un groupe d’experts et d’organisations pour analyser de façon constante les impacts de cette pandémie au niveau social, coordonner les stratégies à mettre en place et en évaluer les effets. Finalement, il y a lieu d’inviter la santé publique à aborder aussi les enjeux sociaux tout autant que les aspects sanitaires, considérant l’influence indéniable des déterminants sociaux sur une telle crise.

[1] Par exemple, des mesures exceptionnelles pour accélérer l’approbation et le paiement de l’aide sociale, des allocations d’urgence, de l’aide financière et matérielle aux personnes et aux familles dont les revenus ont été touchés.

Mis à jour le 15 avril 2020

 

Une proposition de lecture pour travailler de manière anti-oppressive en temps de pandémie

Dominelli, L. (25 mars 2020).  Guidelines for social workers during the Covid-19 pandemic.

Voici un texte rédigé en anglais par Lena Dominelli, de l’University of Stirling, en Écosse. Ce texte permet de cerner les ajustements à apporter à la pratique du travail social en temps de pandémie ou de se rappeler les principes à réaffirmer. Il propose aux travailleurs sociaux de travailler de manière anti-oppressive tout en protégeant leur propre santé et celle des personnes, souvent en situation de vulnérabilité, qui utilisent les services.

Dans ce texte, il est démontré que la plupart des compétences des travailleurs sociaux sont pertinentes en temps de pandémie. L’auteure appelle à la vigilance des travailleurs sociaux afin de détecter les vulnérabilités des personnes, tout en recherchant leurs forces et les capacités qui seront mises à contribution. Elle prône une pratique réflexive. Elle rappelle l’importance à accorder aux enjeux sociaux comme la pauvreté, les pratiques discriminatoires et les dépendances en temps de pandémie. Elle souligne aussi l’importance de connaître les ressources disponibles en réponse aux besoins des individus, des familles et des communautés. Elle soutient que la formation et la supervision doivent demeurer en cette période difficile. Elle propose finalement quelques pistes exploratoires concernant plus précisément les visites à domicile ou les rencontres dans divers lieux.

Les grands principes qui se trouvent dans cet article sont tout à fait pertinents pour éclairer la pratique du travail social en cette période de grande incertitude. Il est par ailleurs recommandé de se référer aux mesures spécifiques mises de l’avant au Québec par les instances gouvernementales et aux outils développés pour soutenir les établissements qui offrent des services sociaux ainsi qu’à l’avis professionnel publié par l’Ordre, COVID-19 – Avis aux membres sur la conduite professionnelle.

Pour accéder au texte : https://www.iassw-aiets.org/fr/featured/4642-covid-19-updates-from-iassw/

Mis à jour le 15 avril 2020

 

Des ressources mises à votre disposition par l’OTSTCFQ

La foire aux questions

Une foire aux questions a été développée spécifiquement pour répondre aux interrogations des membres. Des informations portant sur les différents services de l’Ordre comme les admissions, l’inspection professionnelle ou la formation continue. L’avis professionnel COVID-19 – Avis aux membres sur la conduite professionnelle à adopter est aussi publié sur cette page.
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La revue de presse quotidienne

L’Ordre fait une revue de presse quotidienne, laquelle rassemble plusieurs textes portant sur la COVID-19, les enjeux conjugaux, familiaux et sociaux reliés et les mesures déployées. Comme la situation face à la pandémie évolue rapidement, cet outil permet d’être au fait de l’actualité.
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La veille scientifique

La veille scientifique mensuelle de l’Ordre prend aussi en considération la pandémie en mettant à la disposition des lecteurs les plus récentes informations liées à COVID-19, aux pratiques professionnelles et aux mesures mises en place par les instances gouvernementales.
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Mis à jour le 15 avril 2020

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